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October 14 F2 panoramiqueIl n’y a avait pas de mélancolie dans le cœur d’Hortense. A peine un peu de nostalgie. Dans la douce tiédeur de son appartement parfaitement organisé depuis des décennies, au charme suranné du formica et des plafonniers couleur tabac et dans lequel elle avait usé sa lassitude, elle passait des heures, des jours, des semaines à guetter par la fenêtre. De là, elle voyait tout Paris. Le Sacré-Cœur, la grande arche de la défense, la tour Montparnasse et la grande dame de fer qu’Eiffel avait dressée comme pour compenser un défaut d’érection inavoué. Juste aux pieds de sa propre tour, une petite gare de triage, et la voie ferrée sur laquelle circulaient les rames régulières, métronomiques. Parfois, les rails sifflaient plus fort, un train corail emportait son lot de voyageurs à l’autre bout du pays, ou ailleurs en Europe du Nord dans un vacarme qu’on imaginait assourdissant malgré les treize étages et les deux routes qui l’en séparaient. Pas un son n’émanait d’Hortense, pas une plainte ni un cri. Jacques, lui, était assis du matin au soir vers la fenêtre. Il ne savait pas trop pourquoi, mais c’était là qu’il se sentait le moins seul. Le seul endroit de l’appartement où la mélancolie le quittait un peu, où il avait encore l’impression qu’Hortense regardait avec lui les monuments idiots de la capitale en imaginant, amusés, les destinations des trains long-courriers. Le seul endroit où sa disparition, il y a dix ans, lui pesait moins violemment sur le coeur. Comments (4)
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