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October 21 Donne aux pieds
Le ventre gonflé par l‘absorption d’un joli veau en sauce, je rouspétais après les énergumènes écervelés qui voyaient en la baballe qui roulait sur le gazon la manifestation divine de ce que l’homme sait faire de mieux. A savoir se faire latter à longueur de temps pour éventuellement un jour atteindre son but. Croisant bien malgré moi l’indécent spectacle de ces millionnaires coureurs de ballon, j’enrageais de n’avoir rien d’autre à proposer que mon mépris pour eux et leurs pratiques physiologiquement douteuses. Dans un état assez approximatif, je parvins toutefois à matérialiser ma pensée plutôt facilement, leur donnant rapidement l’aspect qui me semblait le plus adapté. Tels de gentils cabots aux maillots trop grands, ils cavalaient après le projectile enflé comme s’il était garni de moëlle pure aromatisée au viandox. Grognant les uns sur les autres, se chicanant et manifestant par la position de leur queue leur niveau de soumission au chef de groupe, capitaine de meute, ils mettaient toute leur énergie à se saisir du ballon devenu vessie de buffle en croûte de cuir et peau de zob extensible. Le public jappait, hurlait de joie ou de peur, s’entre-dévorant parfois dans les gradins les plus étroits où les différences territoriales n’étaient pas respectées. Les maîtres avaient l’habit noir que l’on prête généralement aux croquemorts, et couraient sur la ligne de touche en avant et en arrière en ordonnant à pupuce de laisser la babale à mabrouk qui, s’il ne s’en allait en guerre, n’en était pas moins belliqueux avec ses semblables, dont des touffes de poils ornaient l’espace resserré entre ses incisives supérieures. Les équipes étaient difficiles à déterminer, chacun jouant un peu pour lui-même en s’affranchissant des règles collectives. Les gardiens étaient en laisse, le regard injecté d’écarlate devant leurs congénères qui ne prenaient même plus le temps de se renifler le cul ni de pisser tant leur esprit était accaparé par les déplacements rapides de la sphère si convoitée. Bientôt, la liesse des tribunes ressembla plus à un bain de sang qu’à une communion générale sur fond de sport. Les plus gros déchiquetaient les plus faibles, arrachant de longs lambeaux de fourrure qu’ils envoyaient sur la pelouse en guise de papier toilettes. La frénésie était à son comble, un ratier du Sud-Ouest s’approchait de la surface de réparation où déjà des générations de clébards avaient enterré le ballon en croyant qu’il s’agissait d’un os dur ; et le Rottweiler qui arpentait la ligne d’embut tous crocs à l’air ne lui en laisserait probablement pas l’occasion. A cet instant, une bestiole informe éclot de l’œuf que personne n’avait vu dans un trou de taupe. De son unique tentacule géant, elle attrapa le chien pour l’envoyer virevolter jusque dans les buts adverses qui sentaient un peu l’urine à cause de l’inaction qui rappelait au Beauceron l’un des usages de sa prostate. Le sol s’ouvrit en deux, engloutissant tout ce beau monde, les gradins, les tribunes et les maîtres de noir vêtus dans un gigantesque bruit de pet qui fit trembler les murs de l’Elysée et causa la chute d’un des innombrables bustes de Marianne dont plus personne n’avait rien à foutre à cette époque où l’on faisait voler des afghans d’un bout à l’autre de la planète pour ne pas avoir à traiter leur misère .
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