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    October 28

    dieu et moi

      

     

    Si dieu existait, il était probablement caché quelque part entre les doigts qui jouaient Chopin et ceux qui faisaient sonner Satie. Ecoutant le polonais magnifique et les termes onctueux de son quinzième prélude, je rêvais à des toits couverts de neige, à l’implacable morsure du froid sur mon visage dont les traits se crispaient en un rictus qu’on attribue en général à l’attention accrue des myopes dépourvus de lunettes quand ils décryptent un contrat d’assurance sur leur convention zob sec. La lourdeur des images du jour disparaissait aussitôt pour offrir au monde l’éclatante lumière du ciel blanc hivernal sur une capitale slave que l’on aime avant de l’avoir vue.

    J’en voulais un peu plus à Frederik à l’audition de ses polonaises, qui m’agaçaient passablement par leur relative vulgarité de fausses danses folkloriques empreintes de strass et de robes à faux-culs pour faux-culs enrobés et grognasses porte-bijoux sous les ors grossiers de salles de trous de bal pour parvenus et héritiers puants. Pourtant, et malgré sa drôle de trombine, cet homme me plaisait par l’intensité de ce qu’il exprimait quelque part en dehors du temps.

    J’avais du mal à haïr, et cela me troublait, lorsque le piano retentissait. Comme entravée par la beauté du son, mon ire  cultivée et d’habitude insatiable s’assoupissait comme par magie, révélant qu’il restait en moi une petite part de neutralité dont je me sentais pourtant incapable.

    Soudain, je me pris en défaut et, grâce à une habile gymnastique intellectuelle, je parvins à trouver cela insupportable. Chopin m’excéda, et tout ne devint que polonaises clinquantes et rombières embijoutées, faste des salons bourgeois et aristocratiques, et émulation d’opinions vaseuses sous des tableaux de Fragonard –que je hais depuis toujours- entre deux maîtres d’hôtel soumis porteurs de biscuits secs et antalgiques intellectuels. Pas de beauté du monde. Du mépris, de la noirceur. Pas du luxe, de la luxure ; et pas de joie, du plaisir. Je redevenais odieux, goujat, immonde, irréductible et désagréable ; j’étais le fiel dans le râble, le ver dans la reine-claude et l’aigreur dans la noix pourrie. En bref, j’allais mieux. Pour fêter l’évènement, j’attachai leur chien débile à la grille de mes voisins avec un élastique pour le saut éponyme, et m’amusai à le provoquer à l’exact opposé, bien caché derrière le muret qui nous séparait, écoutant ses nombreux rebonds sur la lourde entrée métallique et la sonnerie de la cloche que cela ne manquait pas de déclencher, causant les vagissements baveux du furoncle ambulant qui faisait là office de maîtresse-femme de maison. L’homoncule incertain qui lui servait approximativement d’époux, et occasionnellement de géniteur pour sa déplorable engeance, martela pour la dernière fois dans le mur mitoyen juste avant que son clébard devenu projectile ne vint se ficher dans son œil lamentable, traversant sa cornée pour se perdre dans le vaste espace vide qui aurait dû accueillir son cerveau. Tout rentrait dans l’ordre, et cela me soulageait incroyablement. Perdu dans mes pensées, bercé par les lumières ondulantes des camions de pompiers-agriculteurs qui éteignaient l’incendie que j’avais déclenché chez l’autre voisin pour lui faire comprendre mon déplaisir à supporter les gaz toxiques inhérents à la combustion des câbles électriques volés sur les chantiers dont il n’était même pas l’acteur, je retrouvais le goût de vivre, et  les formes de satisfaction qui me correspondaient, éclatantes comme un bichon maltais dont la queue flambe un soir d’octobre, et qui court en tous sens pour échapper au feu de forêt dont il croit qu’il le poursuit. Dans ces petites méchancetés vengeresses, dans cette déplorable exécration de mes prochains,  j’offrais une résonnance à ma lassitude et à ma trop grande admiration des « belles choses » que j’avais l’immense privilège de pouvoir croiser parfois, me réfugiant dans l’ignorance passagère et la détestation pour ne pas être atteint par l’insondable tristesse causée par leur manque.

     

     

     

     

    Avouez, vous avez ri, non?

    Méchants, va!

    Comments (9)

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    -Snake0644wrote:
    "La musique de Clayderman incite à l'onanisme tout autant qu'une apparition télévisuelle de Marine Le Pen", euh, non pas moi :)))
    Nov. 6
    ẄWẄ .wrote:
    Oui!!
    Oct. 30
    -Snake0644wrote:
    Bon alors, et Dieu & Bach, ça ne marche pas ?
    Oct. 29
    - -wrote:
    Sauf si les pianistes sont des femmes.
    Oct. 29
    - -wrote:
    Je ne me cache certainement pas entre les doigts des pianistes.
    Oct. 29
    Ericwrote:
    La musique de Clayderman incite à l'onanisme tout autant qu'une apparition télévisuelle de Marine Le Pen.
    Je trouve ...
    Oct. 29
    je ne sais pas si c'est parce que l'action se déroule à l'intérieur du cerveau de "l'homoncule" mais c'est noir, tout noir!
    on croit qu'on va rire..on esquisse un timide sourire et PaF le chien!!!!
    je repasserai mettre le son en plein jour
    thiladi tu excelles dans la détestation!
    bonjour & bravo
    Oct. 29
    catawrote:
    Quand on est du genre à croquer des boudoirs de Fragonnard en écoutant Mozart on court évidemment le risque de tomber sur un lâcher de salopes de Bigard quand on écoutera Satie.
    La main de Dieu, par le diable, doit résider dans celle à la blancheur de gardénia de Richard Clayderman, the last Hand the least.
    Oct. 29
    La musique me prend au coeur là .... c'est bon. merci.
    Et toi tu vas mieux ?
    Oct. 29

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